Dans une récente chronique relative aux Américains de
SKIN CHAMBER, je développais un bref laïus sur la musique
metal industrielle, ce qu’elle fut, ce qu’elle est devenue notamment dans les courants
death et
black. Comme par hasard, quelques jours plus tard,
FLESH LIBIDO vient à moi bardé de son premier album éponyme.
Nouveau
one-man band parisien porté par un certain
Kjevh, du côté de l’esthétique tout est bien en place : logo ésotérique, photo promotionnelle en noir et blanc dans la forêt, dague aiguisée, maquillage, toge noire, pochette crasseuse, choix stylé de typographies pour représenter le nom du groupe ainsi que le titre du LP… Rien de rebutant, visuellement du moins. En revanche, musicalement, il est rare qu’une sortie me laisse dans un tel état de perplexité maussade.
Je suis bien sûr prêt à reconnaître être le dernier des nuls pour ainsi n’absolument rien comprendre à ce disque, empreint de violence robotique, de noirceur également, mais ce n’est malheureusement pas en ces pages que vous lirez des lignes positives concernant ce projet. En effet, si je comprends le concept initial (vous trouverez en bas de l’article le thème décrit par l’artiste lui-même), à savoir pratiquer un
black indus martial, souillé, et que j’admets également que les treize compositions comportent pléthore d’idées, ces dernières me semblent cependant terriblement mal exploitées. Cela n'enlève rien à leur potentiel de nuisance, le truc a les capacités de concurrencer un
WOEST par exemple.
D’abord, il y a la production. J’entends que lorsqu’on souhaite accoupler son
metal noir avec de l’
EBM (le groupe parle de « Techno Black Metal »), il faut de l’épaisseur mais les
beats de sourdingue (« Hargne », pour ne citer que lui) sont mixés trop en avant, écrasant de leur présence un son de guitare famélique qui ne peut rivaliser en termes de puissance, celui-ci officiant d’ailleurs dans un registre majoritairement criard
true voire
lo-fi. Le mélange des deux ne fonctionne qu'épisodiquement… C’est pourtant cette électronique qui pourrait être différenciante, étant amateur de choses telles que
SUICIDE COMMANDO,
HOCICO,
KOMPLEX ainsi que les variantes
synth pop à la
VNV NATION ou
COVENANT mais ici, non.
Pour ce qui est du
black pur, j’ai déjà parlé des guitares, j’ajouterai un mot sur le chant, distordu jusqu’au désagréable, les superpositions d’effets finissant par dégrader les louables intentions premières. Quant tu écoutes un mec comme
Johan Van Roy, la voix sobrement modifiée terrifie quand même tout en restant audible. Par conséquent, je perçois ce premier jet comme un triste bordel, le compositeur voulant absolument tout mettre, « quoi qu’il en coûte » (une mauvaise pensée pour notre Président), l’absence d’objectifs clairs, d’instants mémorables ou d’accroches solides finissant de nuire aux ambitions. Un signe : je n’ai eu de cesse de baisser le volume, ne serait-ce que pour contrebalancer le mauvais équilibrage des instruments.
En définitive, c’est peut-être lorsque la musique se veut uniquement instrumentale que la formation s’en tire le mieux, « À jamais enfermé » possédant quelques idées sonores intéressantes, hélas compromises par une rythmique lobotomisée, le défaut de composer sur des logiciels MAO peut-être sans être soi-même batteur… Mais surtout, c’est le manque d’unité globale qui me dérange. Les trois derniers titres sont assez peu raccords avec le reste, ne serait-ce qu’au niveau de la façon d’appréhender la guitare, alors que le leitmotiv serait davantage à rechercher du côté de « Techno Black Metal ». Mais nous sommes bien trop éloignés du savant mélange d’un
With No Human Intervention pour pouvoir espérer se sortir seul de l’ornière. D’ailleurs, le musicien précise qu’il ambitionne de recruter des membres, je ne peux que souscrire cette idée.
Pour ceux qui seraient malgré tout intéressés, je cite ici la thématique :
« Pour résumer celle-ci, on prend place d'une grande cité souterraine dirigée par un dieu se servant de son peuple comme bétail (littéralement), jusqu'à ce qu'une erreur survienne et transmette le sang du dieu vers un des sujets, qui va alors s'éveiller et finir par terrasser le dieu, ce qui entraînera l'effondrement de l'immense caverne dans laquelle se trouve la ville. Le deuxième album sera la suite directe de cette histoire, les quelques survivants se ressembleront et créeront leur propre culte et hiérarchie. Étant aussi étudiant en art, je crée aussi différents objets pensés comme des reliques, des fragments de cet univers. ».
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