Sortez les moufles et le passe-montagne, voici venir Swim in Styx et son Mr Freeze-metal! Non, le groupe n'est pas lapon mais bien français; par contre, la musique qu'il propose est le plus froid et le plus désincarné (
attention, je n'ai pas dit sans âme!) des hommages qui puissent être rendus à
Meshuggah. Et on ne pourra pas dire qu'on n'est pas prévenu, le groupe ayant emballé sa galette dans un artwork à l'esthétisme glacé, affublé d'un titre qui ne signifie pas que Kevin a récolté une mauvaise note en biolo, mais qui évoque le froid absolu, quand tout mouvement particulaire a cessé au sein de la matière (
c'est-à-dire à -273,15 °C ... comme quoi ça peut servir d'avoir fait une prépa scientifique pour chroniquer dans Thrasho !).
Ce qui est certain, c'est qu'il est impossible d'écouter cet album sans avoir à l'esprit le groupe de Fredrik Thordendal. On pense aussi pas mal aux bataves de
Textures, notamment quand le groupe daigne relâcher un peu son étreinte pour laisser rentrer un peu d'air pur dans les tympans de l'auditeur (
vers la fin de l'album essentiellement, à 1:46 sur « Fix » ou encore à la fin de « N.W.T.E. »). Nos nageurs en eaux infernales semblent bien être des fans absolus de ces deux groupes si l'on en croit la musique pratiquée. Et ils semblent décidés à pousser le concept à son paroxysme, matraquant sans relâche de lourdes rythmiques tout en décalages et cassures, hypnotisant l'écouteur dans une torpeur mécanique. En étirant leurs morceaux sur 5 à 8 minutes, la volonté de ces garnements là est bien de jouer sur la claustrophobie de l'auditeur, de l'emprisonner dans un étau musical déshumanisé et tenter de dérégler sa mécanique cardiaque en lui imposant des anomalies rythmiques jusqu'à ce qu'elles deviennent évidentes et qu'il soit forcer des les adopter.
Je préviens tout de suite les ingénus qui n'auraient pas déjà pratiqué la poly- et l'a-rythmie: la démarche est peu confortable. Pour peu qu'on aime le groove, les mélodies harmonieuses ou les passages catchy, il faut du temps pour apprécier ces morceaux à l'abord déconcertant, d'autant plus que les hurlements éraillés de Renaud - le brailleur de service - sont très monocordes, voire irritants si on n'est pas dans le trip. Au premier abord donc, cet album sera un peu l'équivalent auditif du caillou coincé dans la chaussure ou de la rage de dent lancinante: c'est pas que ça soit atrocement douloureux, mais nom de dieu comme on voudrait que ça s'arrête. Et puis chemin faisant, on tombe sur de très bonnes choses: le riff tordu et pourtant groovy du début de « Fix », la merveilleuse ligne mélodique qui illumine « Embryonic Pt.1 » à 1:26, puis 4:29, le passage presque dansant à 2:36 sur « Embryonic Pt.2 » qui alterne avec un passage tout en tension, les mosh parts complètement déconstruites à 1:14 et 2:37 sur « 565 F.a. » ... Tout se met bientôt en place, et on se surprend à marquer des rythmes improbables et à hocher du chef en (dé)cadence.
Il faut voir, en plus de tout ça, que cette autoproduction bénéficie d'un son monumental qui la met au niveau des cadors du genre: impossible de deviner que tout ça nous vient du pays de Maïté et de Bigard. Le groupe a fait un boulot d'enfer (
quoi d'étonnant quand on a ses habitudes dans la piscine de Charon ...). Maintenant reste à voir si la promo et les réseaux de distribution de Brennus (
qui est derrière Symbol Muzik) seront efficaces et si le public suivra (
Penser à spammer les boites aux lettres des différents fans clubs nationaux de la polyrythmie …). Pour ma part, je ne suis pas le plus gros fan qui soit de ce genre de monolithique iceberg musical, mais je paie ma bière à tout fan du genre qui n'apprécierait pas cet album !
2 COMMENTAIRE(S)
02/05/2009 22:36
02/05/2009 21:53
Rien que pour l'exploit technique, cette note est méritée: je met au défi le batteur lambda d'assurer correctement de telles sections de batteries!
Ceci dit, je me vois difficilement mettre plus en ce sens que Swim in Styx est beacoup beaucoup trop calqué sur Meshuggah, et même sur un album en particulier: Nothing (leur album le plus froid également)
On retrouve les mêmes dissonances, la même structure des riffs, les mêmes polyrythmies...Le chant aussi (un peu plus faiblard même, c'est dur de chanter comme Jens!)
Bref, là où des groupes (je pense à Textures ou Tesseract) ont pris Meshuggah comme une influence pour créer leurs propres styles, Swim in Styx tombe dans le calque ce qui est bien dommage!
C'est seulement vers le milieu de "Anguish" avec l'apparition de riffs un peu plus "colorés" que j'ai pu noté l'influence de Textures (justement...)
C'est pas un démontage en règle (D'ailleurs je compte bien parler de ce groupe à tous les fans de Meshuggah que je connais): je trouve la performance bien réussie (la prod au passage est très bonne à mon gout), mais un peu de détachement par rapport à Nothing ne ferait pas mal!
J'espère que le prochain album sera un peu plus innovateur sur ce point là, auquel cas je risque de devenir un très grand fan (surtout que le groupe est francais!)
A suivre!